La qualité des produits alimentaires, le faible coût de la vie, les visites dans la ville, les excursions en train, en bus ou en voiture de location vers l'intérieur du pays (la ville de Fès les régions agricoles du Queitama...), les fêtes à bord des bateaux de voyages, le courrier que nous avons fait partir de France et qui n'arrive pas, ont fait passé le temps à grande vitesse...
Chaque jour nous nous rendons à la capitainerie avec l'espoir d'y trouver notre courrier. Chaque jour nous sommes déçus et les nouvelles de France ne sont pas optimistes. Les grèves qui ont paralysé notre pays en décembre 1995, nous ont bloqués trois semaines à Tanger.
Maintenant les tempêtes d'hiver se succèdent sur l'Atlantique Nord nous empêchant irrémédiablement de quitter Tanger. Le problème est qu'il n'y a pas de vraie possibilité d'abri avant Casablanca qui se situe à plus de 170 milles de là, il faut donc une grande fenêtre météo pour s'aventurer le long de la côte marocaine réputée dangereuse. Cette longue côte bordée de dunes arrête en permanence la grande houle qui se forme sur la longueur de l'Atlantique avant de venir briser en rouleaux d'écume.
A partir de novembre il faut se méfier des coups de Suroît générés par les dépressions qui peuvent descendre très bas en l'absence de l'anticyclone des Acores.
Le mauvais temps est là et persistera pendant des semaines. Il faut occuper nos journées. Le matin il y a l'école à bord puis nous faisons un tour à la Médina. Nous y allons tous les jours, n'achetant que ce qui est nécessaire jusqu'au lendemain. Les seuls vrais événements sont les arrivées d'autres bateaux. De quel pays viennent-ils? Où vont-ils? C'est l'occasion de se faire de nouveaux copains car le souci commun occasionné par le mauvais temps resserre les liens de la petite communauté de navigateurs. Nous estimons particulièrement le voilier australien DIDGERIDOO. Ils ont déjà fait la moitié du tour de la terre, Eric est australien d'origine chinoise, Cathy sa femme, est une grande blonde, leurs deux enfants Ben et Ariane sont un mélange des deux. Les jeunes des deux bateaux passent de bons moments ensembles et comme les australiens parlent anglais, cela oblige la BANIK's family à se perfectionner dans cette langue.
En soirée, les équipages des différents voiliers se reçoivent d'un bateau à l'autre pour manger ou simplement pour des apéritifs qui s'arrêtent tard dans la nuit quand nous en avons assez de discuter du déplacement de la dépression de 960 hectopascals qui devrait passer plus haut si l'anticyclone voulait bien...
On s'est fait à l'idée de passer Noël en pays musulman. Le commandant du port est charmant, il nous prête la salle de conférence de la capitainerie pour que nous puissions organiser le réveillon avec les équipages des voiliers chrétiens bloqués avec nous à Tanger. Nous sommes une trentaine de personnes (australiens, américains, italiens, français, canadiens, philippins). Chacun a cuisiné son petit plat national et ramène sa bouteille. L'ambiance est fort sympathique.
Une ballade en chameau sur la plage de Tanger:
Nathalie profite du temps qui lui est donné pour découvrir les spécialités locales.
Il a fallu une semaine pour se faire à l'idée que nous devrons passé également le réveillon de nouvel an dans la salle de conférence de la capitainerie de Tanger. Tout compte fait, ils sont quand même un peu lugubres ces néons jaunes suspendus au plafond. Certains voiliers "craquent" et partent dès qu'une petite fenêtre météo se dessine, puis ils reviennent après une journée de lutte. Ils nous racontent, on les réconforte avec un petit coup de whisky acheté au magasin duty-free à la gare des ferry-boats. Ces jours là, les bulletins météo sur RFI annoncent des vagues de 11 mètres sur les zones atlantiques juste au-dessus de nous...