Le Maroc se situe à la 79ème position sur 163 pays
Du petit pourboire au gros pot de vin La corruption est bien ancrée dans nos mœurs Elle est l’œuvre d’individus sans scrupules, de ripoux, de suceurs de sang du peuple et de saboteurs de la Nation. Des impunis auxquels il est grand temps d’exiger des comptes par des mesures concrètes, dans un cadre juridique, juridictionnel et législatif.
Voilà neuf ans qu’il n’est plus tabou de parler de la corruption au Maroc. Voilà neuf années déjà que les langues se sont déliées et que des mesures ont été décidées pour combattre le favoritisme, le clientélisme et le népotisme au sein de notre administration. Mais voilà huit années d’écoulées alors qu’en dehors de certaines déclarations officielles mitigées, aucune mesure concrète et répressive n’a été prise à ce jour pour combattre le fléau de la corruption dans notre pays.
Le Maroc se situe à la 79ème position sur 173 pays. Plus grave, depuis 2002, le Royaume a littéralement dégringolé de 42 places : il occupait la 37ème position et il a chuté inexorablement : 52ème en 2002, 70ème en 2003, 77ème en 2004, 78ème en 2005 et 79ème en 2006. Ce classement est construit à partir des sondages d’opinion de plusieurs experts indépendants qui se prononcent sur leur perception du niveau de corruption dans les secteurs publics.
Comment expliquer ce phénomène? Cinq acteurs sont particulièrement mis en cause: en premier lieu les moqaddems et les chioukhs, les employés du ministère des Transports, les douaniers et les fonctionnaires de l’administration locale et municipale. La magistrature jouit aussi d’une très mauvaise réputation, tout comme les élus politiques et les percepteurs des impôts. Les chefs d’entreprises considèrent aussi que les marchés publics constituent un domaine commun à tous les secteurs où les pratiques de corruption prospèrent.
Certes, on a vu s’opérer certaines arrestations et des condamnations, certes, nous avons apprécié des déclarations courageuses au lendemain des dernières élections du tiers sortant de la Chambre des Conseillers, certes, nous avons enregistré les condamnations prononcées par l’ancienne Cour Spéciale de Justice (CSJ) à l’encontre des ripoux qui ont trempé dans la fameuse affaire de trafic international de drogue connue sous le nom de l’affaire «Erramach et Consorts», démantelée à Tétouan le 4 août 2003, et déploré la légèreté des peines infligées, de l’avis même de plusieurs observateurs avertis, considérant le verdict trop modeste par rapport à l’ampleur du dossier.
A cette occasion, l’Association marocaine de lutte contre la corruption Transparency Maroc – (TM) qui célèbre cette année le 11ème anniversaire de sa création, réitère son inquiétude quant à la persistance du phénomène dans le pays et exprime surtout sa «forte préoccupation par la corruption dans la justice et par la recrudescence des interpellations des membres de la société civile et des avocats».
C’est à travers un communiqué publié à la veille de son anniversaire que TM «dénonce la corruption qui sévit dans les milieux de la justice et dont l’ampleur est attestée à la fois par les résultats des enquêtes indépendantes de la presse ainsi que d’autres témoignages»
Selon ce communiqué, «la justice assume une grande part de responsabilité dans cette évolution en manquant à sa fonction de gardienne de la primauté de la loi et en subissant en son sein les influences du pouvoir de l’argent et du clientélisme». L’efficacité et la crédibilité de l’action d’envergure qui doit être entreprise pour permettre à la justice de jouer pleinement son rôle dans la lutte contre la corruption, ajoute le communiqué, «dépendent largement de l’effectivité du respect de la liberté d’expression, de la protection des témoins et de l’aménagement des moyens d’encourager la dénonciation, y compris par l’absolution et la récompense de ceux qui collaborent avec la justice»
L’association «lance un appel pressant au ministre de la Justice, en sa qualité de chef du Parquet et au gouvernement dont il relève, «pour que les pouvoirs dont ils sont dépositaires soient mis au service de la consolidation de la transparence et de l’Etat de droit au lieu de servir à des règlements de comptes qui minent davantage la confiance des citoyens dans leur Justice»
Et en conséquence, elle souhaite que «ces procédures soient abandonnées et que s’ouvre une phase de coopération efficace entre la société civile, l’administration et le corps judiciaire pour renforcer l’action de la Justice dans la lutte contre ce fléau et réconcilier l’autorité judiciaire avec l’opinion publique»
«C’est là le prix de la crédibilité du plan d’action du gouvernement contre la corruption», insiste l’ONG marocaine de lutte contre la corruption.
Rappelons, d’autre part, que Tansparency Maroc avait annoncé son intention d’adresser au gouvernement une charte en vue des prochaines échéances électorales. Cette charte se veut un moyen de lutter contre la corruption et le recours à l’argent sale lors des prochaines consultations législatives. Elle ambitionne d’engager le gouvernement à veiller à la transparence des élections et d’impliquer tous les partis de manière à les amener à responsabiliser leurs candidats et à gérer dans la transparence le financement des campagnes électorales.
La nouveauté aujourd’hui, c’est que Transparency Maroc recommande des mesures urgentes visant particulièrement les jeunes à travers l’introduction d’un module dédié à la sensibilisation et à la lutte contre la corruption dans les programmes scolaires et manuels officiels du système éducatif ainsi que dans les cursus des écoles de formation des cadres (ingénieurs, administrateurs, armées, gendarmerie, police, médecins, pharmaciens, etc.).
L’autre nouveauté, c’est que le gouvernement a préparé une stratégie contre la corruption.
D’ici que ces mesures entrent en application et donnent leurs fruits à moyen ou à long terme, le fléau de la corruption continuera à faire des ravages.
Les pouvoirs publics, bien qu’étant conscients de la pertinence du problème, hésitent encore à instaurer des mesures capables de réprimer le phénomène de façon radicale.
Il faut reconnaître que la tâche n’est pas aussi facile qu’on le pense si l’on tient compte de la complicité du citoyen qui se porte volontairement corrupteur, cherchant ainsi une facilité pour atteindre un objectif souvent illicite, mais parfois légal. En effet, dans notre société, et certainement dans bien d’autres, on semble reconnaître à la corruption une vertu de flexibilité dans le déroulement des affaires. le terrain devient donc, pour ainsi dire, fertile et propice pour l’évolution du système.
Le phénomène de la corruption revêt différentes formes dont la plus spectaculaire est celle qui sévit dans l’administration. Là encore, on trouvera deux principales faces du phénomène.
Il y a d’abord l’œuvre de ces petits agents généralement bas dans la hiérarchie dont la rémunération ne dépasse guère le seuil de la subsistance et qui, cherchant à arrondir leurs fins de mois, acceptent ou parfois exigent un «pourboire». En échange, le corrupteur est servi avec célérité, heureux d’éviter une attente astreignante dans les couloirs de l’administration ou des va et vient lassants. Le service rendu à ce niveau n’est généralement pas irrégulier ou illégal puisqu’il consiste en la délivrance rapide d’un document ou l’exécution immédiate d’une démarche.
On rencontrera ce genre de phénomène dans les communications, les arrondissements administratifs, les hôpitaux, les caïdats, les bureaux d’état-civil, auprès des chioukhs et des moqadems, de certains cadres qui détiennent une petite autorités ou encore un fin fond de l’administration, au sein même des ministères.
Si cette forme de corruption n’est pas préjudiciable à la société dans la mesure où le service rendu ne constitue nullement une concession d’un avantage auquel le bénéficiaire n’a pas droit, il n’en demeure pas moins que l’infraction est évidente et donc passible de sanction en raison de l’atteinte à la moralité. Cette sanction s’impose davantage quand il s’agit d’une forme de corruption plus préjudiciable à la société, consistant à contourner une réglementation ou à faire une entorse à la loi par des subterfuges et des stratagèmes bien conçus contre un avantage dû. Cela relève tout simplement d’un abus d’autorité.
L’exemple des personnes qui ont usé de ces subterfuges durant les deux dernières décennies à Tanger, et qui se constituent aujourd’hui en victimes parce qu’on a démoli leur terrasse de café, leur devanture commerciale ou leur mur de clôture, est révélateur à plus d’un titre. Ces personnes qui ont soudoyé l’administration communale pour obtenir des autorisations faisant entorse à la légalité, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Malheureusement «leurs complices» de l’administration impunis.
Il y a maintenant cet autre aspect d’une corruption carrément nuisible, qui a des règles bien définies et est l’apanage de personnages ou de «personnalités» se trouvant à la tête des grands centres de décision et qui se convertissent en fonctionnaires véreux chaque fois qu’une opportunité se présente à eux, quitte à mettre en jeu les intérêts économiques du pays. Le système entre en ligne dans les grosses affaires d’investissements, de marchés de l’Etat, d’exécution de travaux publics ou encore de fraudes fiscales, de détournements de fonds et de divers trafics.
La lutte contre ces formes de corruption de luxe dans les rouages stratégiques de l’Administration, nécessite une ferme volonté des pouvoirs publics pour amorcer les réformes indispensables en vue de barrer le chemin aux grands responsables qui se sentent favorisés par le système et protégés par leur pouvoir.
Il s’impose donc d’identifier les différentes formes de corruption à petite et à grande échelle, à déterminer ses mécanismes et à mettre à nu les facteurs qui favorisent sa diffusion et son extension.
La corruption constitue l’expression d’une aliénation de la personne humaine, un déficit de citoyenneté, un détournement de la loi au profit de normes occultes et d’intérêts personnels, une altération des règles et une perversion de toute initiative visant à promouvoir un Etat de droit. Elle est l’œuvre d’individus sans scrupules, de ripoux, de suceurs de sang du peuple et de ravageurs et saboteurs de la Nation. Il est donc grand temps d’exiger des comptes aux impunis de la corruption par des mesures concrètes dans un cadre juridique, juridictionnel et législatif.
Ce n’est que de cette manière qu’on arrivera à éradiquer ce fléau qui gangrène notre société.
Il faut enfin noter que sous d’autres cieux, des gouvernements sont tombés, alors que d’autres ont failli l’être à cause de pots de vin.
SOURCE : http://www.lejournaldetanger.com